Rafale n° 5


Mendelssohn a composé 2 quatuors en mineur : 

- le 2° et le 6°

- La mineur et Fa mineur

- gris et noir

- à l'occasion de la mort du maître (Beethoven) ; à l'occasion de la mort de l’alter ego (Fanny)

- deuil et mélancolie

- plainte et cri

- tristesse et détresse

- mise au tombeau de la musique et mise au tombeau du moi (M. est mort peu après Fanny)


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Perros, Papiers collés (la langue russe) : ”le roulis de ce langage qui brasse des jouets d’enfant, des violons mal accordés et des hoquets d’ogre."


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Je lis délibérément un peu trop vite ; le logiciel de reconnaissance vocale du Mac peine à suivre, et produit un texte qu'on pourrait croire oulipien...  : 

"Et toi tranquille au marché des colombes entre les Pins palpite entre les tombes midi le juste il compose de feu, la mère, la mère toujours recommencer ou récompense après une pensée comme l'on regarde sur le calme des dieu. Quelle peur, travail de phase, éclair consume, main, diamant de imperceptible cumin, et qu'elle paye, semble ce qu'on se voir quand sur l'habillement soleil se repose ouvrage pure d'une éternelle cause. Le sentant scintille est le son. Je vais savoir."


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Dissuasion nucléaire. Ne pas définir les intérêts vitaux ; maintenir, comme on dit aujourd'hui "l'ambiguïté stratégique" ; certes, il est évident que cela fournirait à l'ennemi la carte de ce à quoi on ne répliquera pas, tout en lui ôtant le handicap de l'incertitude. Mais il y a aussi une autre raison : définir à l'avance les intérêts vitaux serait imprudent car les situations changent, les politiques, etc. La modification des frontières vaut aussi dans les menaces et les dangers.


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L'âge, la fatigue montrent ce qu'il y a d'activité dans l'écoute musicale, et donc ce que cela demande d'énergie, de présence d'esprit. On ne s'en apercevait pas dans la jeunesse et dans sa perpétuelle santé. On le découvre quand, de plus en plus souvent, on se sent indigne de ce qu'on écoute. Non pas moralement, mais énergétiquement : on ne peut plus payer son écot, faire sa part, jouer sa partie, non écrite, mais exigible et exigeante. Le jeune a toujours des réserves énergétiques et psychiques ; il est donc toujours partant (pour la musique comme pour d'autres choses). Sans l'énergie de l'attention, de la concentration, il n'y a pas de participation, pas d'identification. Il faut marcher avec, courir avec, et non regarder ou entendre ceux qui marchent ou courent. Laisser la musique se dérouler, être pur spectateur, assis, c'est être frustré de la dimension essentielle d'une beauté que l'on voit sans la prendre. Ecouter sans participer, c’est comme ”faire cours” en lisant un texte entièrement rédigé ; tout engagement est saigné à blanc par avance. Pour l’auditeur de musique passif comme pour le prof lecteur, c’est ”faire du vélo” en marchant à côté de l’engin, le tenant par le guidon… voire étant tenu par lui. 


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Rousseau est passionné d'unité, donc, inévitablement, de solitude. Cela se voit dons tous les domaines (on pourrait les répertorier). En musique aussi. Pas tellement dans son Devin du village, mais surtout dans ses théories musicales. La musique étant l'expression de la sensibilité d'un individu à un instant (le pâtre adossé à un arbre), la première musique est la mélodie, et non pas l'harmonie, qui suppose goupe et multiplicité, contrat et préméditation. Si l'on chante à plusieurs, le seul vrai "accord", véritablement consonant selon Rousseau, c'est l'unisson, c'est-à-dire le même avec le même. L'octave est déjà suspecte. Aussi, quand Rousseau (on le sait peu) transcrit Le Printemps de Vivaldi (il appréciait fort le musique italienne – et Les Quatre Saisons ont été très connues au XVIII° siècle, même si elles ont pâli, puis sont redevenues un must), il procède de manière à ce qu'il puisse l'exécuter seul. Comme il était flûtiste (je ne sais pas à quel niveau), il les récrit pour flûte seule. D'où un curieux objet musical, pas déplaisant du tout (la transcription est bonne), pas trop problématique à composer (c'est déjà fait par Vivaldi), ni à harmoniser puisqu'il n'y a qu'une voix (Rousseau n'était pas un pro de la composition. Écoutons, sur un beau traverso, seul sur fond noir, très adapté (nous seuls, auditeurs, sommes de trop) : 

https://www.youtube.com/watch?v=cG3vBkFM5Wc


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Debussy, Clair de lune, orchestré :

https://www.youtube.com/watch?v=EPPDdLWLV1Q  

c’est fort beau, très bien fait, et totalement hors-sujet (fait par le violoniste et pur le violoniste)

https://www.youtube.com/watch?v=d-JqqnkvR_I  

ce serait bien, sans le décor kitsch et redondant ; je pense à la formule de Lorca : si on a un madrigal et une rose, soit le madrigal est de trop, soit la rose… 

https://www.youtube.com/watch?v=BubaEmJg4so 

orchestré par Caplet, c’est presque mieux que Debussy lui-même… et quand c’est joué par un excellent orchestre…


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Quand on demande à une IA de faire une image, cette dernière n’est pas faite par une main humaine : elle est ”acheiropoïète” comme la Sainte Face !!


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Bach, la ”grande chaconne” à la mandoline. C’est très bien. Bach se transcrit admirablement en toutes sortes d’instruments. C’est très bien musicalement : on a les harmonies, la progression, tout le schéma proprement musical. Quant au timbre, si on change de matière, il est normal quue le timbre change aussi. Sur le principe, rien à dire. Mais il y a quelque chose qui, selon moi, manque (en tout cas est soustrait) : c’est la durée de la note, sa prolongation, sa prorogation – ce qui se sent singulièrement à la mandoline. Or (on sort peut-être ici du purement musical) la version originale pour violon comporte une dimension irremplaçable (je ne dis pas ”essentielle), de tension, d’effort ; ça tire sur l’archet, mais aussi sur l’âme ; il faut au musicien et à l’auditeur une recréation continuée dont la pénibilité même est une dimension importante, psychologiquement essentielle. Ça arrache les tripes... Il faut ”tenir” la note et non la poser. ”Rien n’advient en littérature sans un effort de notre cœur” (Marcel) ; et, ici, selon moi, ça advient bien moins sans un effort de notre oreille et sans une sympathie avec l’archet. Sans compter les doubles cordes, double effort. 


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Puissance de l’attente. Tartuffe apparaît au III° acte. Mais on parle de lui, il est omniprésent, donc menaçant, diffus, indécis. Puis il apparaît, s’incarne, agit ouvertement ; mais il a déjà beaucoup agi sur les imaginations. L’imagination, dit Alain, est un bourreau chinois : elle fait que la victime se torture elle-même, par sa propre et inévitable pesanteur. L’apparition tardive met en vedette, comme la rose de Ronsard (”Comme on voit … sur la branche… au mois de mai… la rose ”. Entretenir le questionnement, le mystère. Cette admirable gestion du temps tartuffien se retrouve dans l’interrogation prolongée qui caractérise le temps ”Kurtzien”


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En 40 ans d’Université, j’ai connu pas mal de collègues de toutes disciplines. 10% de gens très capables. 10% de fripouilles. Parmi les capables, un quart a fait une belle carrière. Parmi les fripouilles, la moitié. Que conclure ? 


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Proust. Odette de Crécy. Le nom sonne bien, très demi-mondaine. On apprendra tardivement qu’elle est l’épouse d’un Monsieur de Crécy et que c’est donc là contre toute probablité, son vrai nom ! Mais nul n’ignore que c’est avant tout le nom d’une bataille qui a été calamiteuse pour la France. Swan, amoureux de la défaite au point de l’épouser !


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Il faut se méfier des idées séduisantes, des idées intelligentes. Leur habileté (réelle) peut aisément devenir un critère de fiabilité, ou, du moins d’adhésion. Si j’adhère à une idée simple, cela ne me singularise ni ne me valorise. Tandis qu’une idée subtile est le fait de l’individu intelligent qui l’a émise, et aussi de la finesse de celui qui l’a comprise et admise. On se sent flatté d’avoir compris. C’est très embêtant, car il faut certes se méfier des idées simples ; mais il faut qussi se méfier des idées subtiles, habiles. Il y a dans le domaine intellectuel un prestige du billard à plusieurs bandes. Un exemple. Platon : les mauvaises actions ne doivent pas être représentées car elles peuvent déteindre sur les spectateurs ou auditeurs. C’est plutôt de bon sens : ne pas donner de mauvais exemples aux jeunes générations. Aristote : quand on représente le crime sur le théâtre, on opère chez le spectateur une purgation des tendances criminelles, et le spectacle permet d’accomplir en pensée des crimes qu’on ne commettra donc pas dans la vie. C’est très subtil, et très séduisant, car il y a une mécanique du rebond, de l’inversion qui réclame un esprit un peu alerte. Mais est-ce plus vrai ? Autre exemple : l’histoire n’est pas faite par les puissants, mais par les humbles, par le ”mauvais côté”. Parmi les plus grandes séductions, la dialectique tient une place de choix, car elle permet, elle exige même, des renversements inattendus, bien plus intéressants, spectaculaires, surprenants, sources d’incontestables bonheurs intellectuels. Dans un même mouvement, on se sent intéressé et valorisé, passionné et intelligent. Péripéties, coups de théâtre : ingrédients à utiliser avec méfiance… 



Rafale n° 5

Mendelssohn a composé 2 quatuors en mineur :  - le 2° et le 6° - La mineur et Fa mineur - gris et noir - à l'occasion de la mort du maî...