Souvent, chez Perros, des formules magnifiques sur l’essence de la poésie :
”Le présent retrouvé” : formule, qui s’appliquerait à un des Pessoa(s) que je préfère (Alberto Caeiro)
”Le sens des réalités va contre le sens de la réalité.”
"La poésie n’est pas obscure parce qu’on ne la comprend pas mais parce qu’on n’en finit pas de la comprendre."
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Une journaliste, très reconnue pour sa qualité et son expérience, dit : ”Il faut faire bénéficier P. Bruel de la présomption d’innocence, mais on a froid dans le dos quand on entend ce que ces femmes ont subi.” En somme, on énonce un grand principe et on le trahit, dans la même phrase. ”Ce qu’elles ont subi” : ”L’indicatif est le mode de la réalité ou d'une action présentée comme réelle. / l’indicatif est un mode personnel du verbe, qui a pour valeur sémantique spécifique d’exprimer des procès présentés par le locuteur comme étant réels et certains dans le présent, ayant été tels dans le passé ou devant être tels dans le futur.” Si on ajoute la différence de poids entre une affirmation juridique abstraite et une sensation physico-morale de ”froid dans le dos”, on devine dans quel sens la balance est faussée…
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Perros : ”Il est plus facile d’en faire trop que juste assez” Cela ne vaut pas que pour la poésie. Il y a en toutes choses une ligne de crête très mince, entre deux abîmes ; rares sont ceux qui ne tombent pas d’un côté ou de l’autre. D’autant que ces artistes funambules sont constamment traités de tièdes, de couards, de centristes, ou (horresco referens !) de ”modérés” ! De ”tombés de l’autre côté” par ceux qui sont joyeusement tombés de ce côté-ci – et inversement. La loi sur les suspects.
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Perros : "Cet homme qui traverse tous les hommes et qu’aucun homme ne connaît totalement." Remarquable, lisible à plusieurs niveaux, qu'il s'agisse de l'homme en tant qu'humain ou de l'homme en tant que mâle.
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Perros : ”Vivre avec un être aimé qui est mort. Le poème, c’est cela, avec les mots.” Que n’ai-je eu cette précieuse note quand je faisais un cours sur l’œuvre d’art comme reconstruction en signes du paradis perdu !
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Les premières perceptions et sensations des enfants sont incomparables parce qu'elles sont incomparées (d'où le "Paradis perdu").
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L'homme est composé à 70 % de larmes et 30 % de terreur.
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Assemblée générale (ou "AG") : rassemblement de la majorité pour imposer la loi de la minorité.
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Moins on s’occupe des morts, plus on craint la mort. Le culte des morts était-il une conjuration efficace de la peur de la mort ?
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Martial, Épigrammes : "L'artiste qui transforme en images sacrées l'or et le marbre ne fait pas les dieux ; celui-là les fait, qui les prie."
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Ezra Pound, critique féroce de l'argent, surtout de l'usure, qui se prononce en anglais presque comme son prénom, avait pour patronyme un nom de monnaie !
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Nabokov : sur le site web (peu connu de moi) L'Herbe entre les pavés, une assez bonne présentation de Lolita : "une des plus grandes oeuvres littéraires du XXe siècle, en termes d’indécision entre les pôles esthétique et éthique, de dynamitage des conventions, de sublimation de la perversité, de plaisir de la langue, de souveraine ironie, de complexité des personnages".
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J'ai un problème spécial avec Paulhan : j'arrive rarement à savoir ce qu'il a voulu dire, de qui il a voulu parler, et même si c'était en positif ou en négatif. J'ai souvent une gênante impression de cautèle ; une écriture qui marche sur la pointe des pieds. Même la Lettre aux directeurs de la résistance, où le sens global n'est pas douteux, a ce caractère de suspens. Ce n'est pas Trissotin dont "On cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé". C'est autre chose – je ne sais quoi.
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J'adorerais faire un blog de plaisanteries, de gags, de jeux de mots, etc. Mais le néomoralisme actuel tendant à interdire toute forme d'ambiguïté, de double sens, de vacherie, d'antiphrase etc., je n'ai pas envie d'être tiré de mon obscurité pour me retrouver au pilori médiatique. Une blague gentille, c'est une plaisanterie de patronage, et cela me séduit très peu. Plus une blague me satisfait, plus elle est impubliable, scandaleuse selon les canons de la correction néo-victorienne, de la néomoraline. Fatal serait mon goût pour les formules vachardes à l'égard des pontifes de la pensée – les plus intouchables. Cruelle frustration ! Donc je garde mes (innombrables) blagues (excellentes) pour mon disque dur. Peut-être un jour, dans cent ans, dans mille ans, me reconnaîtra-t-on comme le meilleur humoriste de mon temps, et m'éditera-t-on dans une futuriste Pléiade en plusieurs gigaoctets... Note : ce que j'appelle ici "blague", ce n'est pas une histoire drôle avec une chute, genre : "c'est l'histoire d'un mec qui...". Je n'en ai produit aucune ; ou, pour être honnête, qu'une seule - et elle est drôle parce qu'elle est très cruelle.