Rafale n° 7


On se dit : "je ferai ça quand j'aurai le temps...", et puis c'est le temps qui nous a. Exemple : le monumental et passionnant "Morier", dictionnaire de poétique et de rhétorique, qui n'est pas seulement une liste de définitions, mais surtout un trésor de réflexions. On se dit qu'on le lira quand on aura le temps (à la retraite), et puis, on ne le lit pas. On se sent coupable d'être limité, vieux, fatigable, cerné de to-do-lists, de to-read-lists, to-hear-lists accumulées depuis des décennies comme autant de reproches de qui ont fut à qui on est. 

Et pourtant, si on ouvre Morier, dès la toute première (et brève) notice, une remarque de grand intérêt : le français, chacun sait ça, est oxytonique : on accentue la dernière syllabe : "L'amour s'en vA" (drôle de choix... ; enfin passons, puisque tout passe). On marque la dernière syllabe. On pense donc que le français n'est pas mesuré selon la quantité, mais selon l'accent. Le "A" bien net et sec, nous paraît court, et l'on en conclut que le français n'est pas, comme d'autres langues, stucturé autour de la quantité, de la longueur des syllabes, mais de leur accent. Or (c'est ce que souligne Morier) si l'on enregistre finement, on voit que la syllabe finale, pour être marquée, prononcée plus fort, doit bénificier d'un surcroît inaperçu de durée. L'accentuel est donc aussi quantitatif, et il y a bien en français des brèves et des longues, comme en latin. Distribuées autrement puisque l'accent-longueur est déplacé entre les syllabes selon leur position dans la phrase : il glisse. Mais nous avons passé notre pauvre vie à parler selon la quantité sans le savoir...


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Les après-guerre sont des avant-guerre qui s'ignorent. 


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Une idée à mon avis essentielle : 

Francis Wolff, extrait de sa participation au Nouvel esprit public, de Philippe Meyer : 

"Ce qui fait qu’on peut dire que des valeurs sont universelles, c’est qu’elles sont formelles, elles n’ont pas de contenu substantiel. Il y a souvent une confusion entre le contenu substantiel (par exemple culturel ou religieux) et les valeurs seulement formelles de l’autre (la laïcité, le droit du contradictoire sur le plan juridique…). C’est parce que ces valeurs sont formelles qu’elles peuvent devenir universelles, quel que soit le contenu substantiel des cultures qui le portent." 

À l'opposé donc de la vulgate marxisante : les valeurs "bourgeoises" sont nulles et non avenues car elles ne sont que formelles, c'est-à-dire vides. Les "libertés formelles" ne permettent pas de payer son loyer, donc elles sont une illusion, etc..


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L'amour est une denrée périssable, mais personne ne connaît la date de péremption. 


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Aristote : toute action a deux effets, l’un sur la chose produite, l’autre sur le producteur : poïésis et praxis. La statue est faite, et le sculpteur est fatigué. Mais il y a aussi une praxis à long terme : le sculpteur s’est entraîné, amélioré (s’il y a répétition cumulative). Certaines choses sont faites uniquement pour la poïésis (choses à vendre p ex) ; d’autres uniquement pour la praxis : la copie de l’élève, qu’on jette car elle ne sert qu’à la formation de l’élève. 

L’IA générative sert magnifiquement la poïésis : le rapport est fait ; et il n’y a nulle praxis (sinon qq clics et prompts peu fatigants et peu formateurs). C’est très commode de ne pas être fatigué. Et c’est dangereux de ne pas s’améliorer. Mais ce dernier aspect passe inaperçu. La praxis à long terme est toujours infinitésimale, donc invisible, alors qu’elle est essentielle. La praxis à court terme est réduite à presque rien : on n’est pas fatigué, on s’en aperçoit, et on est ravi. Plus l'IA est efficace en poïésis, plus elle rend difficile la perception de ce qu'elle nous retire en praxis. On sait ce qu’on gagne ; on ne voit pas ce qu’on perd. 


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Simonin, Du mouron pour les petits oiseaux

"Mis à part le député, le curieux, le came[lot], le comédien ou la comédienne doués, le prédicateur en Carêmes et quelques filles de joie inspirées, rares sont les gonzes et les gonzesses aux cordes vocales synchronisées à la pensée. Le plus grand nombre, en dehors des pros de la baragouinette, est assuré de jacter sur le tempo d'une émotion, évaporée déjà, ou au contraire sur celui d'une autre qui point seulement."


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J'avais récemment fait un petit topo sur l'extension indue du mot "frustration" pour désigner toute sorte de privation, de manque. Je me souviens maintenant à quel propos j'avais remarqué cela : une pub pour un régime amaigrissant où une dame disait qu'elle se sentait "frustrée" d'avoir toujours des kilos en trop. Frustrée, en somme, de son droit inaliénable à la minceur. 


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J'avais noté (où, quand ?) que le "pacte de lecture" le plus extraordinaire qui soit était le premier mot publié de Céline : l'incipit du Voyage : "Ça...." En deux lettres, une syllabe, le ton est sonné, le programme est annoncé. Eh bien, j'ai trouvé presque mieux : en UNE note, Stravinsky nous annonce, avec Le Sacre du printemps, que ça va bouger sévère, accrochez-vous ! Et en effet, on n'est pas déçu. Comment est faite cette annonce-express ? par une note jouée au basson dans son registre suraigu ; donc on ne peut plus à contre-emploi. On contredit la tradition, la tessiture, et même le vocabulaire : faire jouer aussi aigu un instrument qui se désigne, en français, par le mot même qui veut dire grave, c'est commettre une insolence de plus. On attaque par un timbre rare, par un frisson nouveau. 


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Solsberg, Hochrhein Musikfestival, très représenté sur Youtube ; et ce n'est pas forcément un service  : certes, des interprètes du plus haut niveau, des programmes magnifiques, mais.... mais le cadre baroque extraordinaire est bien trop présent, invasif, et particulier ; il ne ne convient presque à aucune des musiques qui y sont jouées. Si les organisateurs voulaient être cohérents, ils se limiteraient à Biber et ses proches, qui "matcheraient" bien avec les volutes et les angelots ; mais, hormis les pros du violon qui lorgneraient avec gourmandise les effets de scordatura, ça n'intéresserait que peu de monde. Abondance de biens nuit : l'exubérance baroque en est le meilleur exemple. 


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Forster a écrit [Aspects of the Novel (Aspects du roman) 1927, chap 5] : "Comment puis-je savoir ce que je pense jusqu'à ce que je voie ce que je dis ?" [How can I tell what I think till I see what I say ?]. C'est un peu pour ça que je mets par écrit ces disparates... 


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Je veux bien que les étymologies les plus évidentes ne sont pas forcément les vraies. Je veux bien que l'amusement obscène n'est pas en soi un argument (néanmoins, c'est une pratique courante de l'humanité telle qu'elle est). Mais je me demande si les étymologistes se cachent derrière leur petit doigt, ou s'ils n'ont jamais vu un chien dans "la puissance de développement de tout son être" (comme dit Balzac) pour que cet état ne soit jamais envisagé comme l’aspect populaire, entre autres probablement, mais passablement convaincant, du "hot dog" ! Il faudrait en outre ignorer le sens très ”ordinaire" de "hot" (les étymologistes sont peut-être des ermites perchés sur des pitons rocheux au fin fond de la Cappadoce....)


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Un des grands plaisirs de la musique en vidéo (grand répertoire classique évidemment), c'est de voir (enfin !) des gens concentrés : la beauté de la gravité, par la gravité. Et la gravité de la beauté.


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Jadis, Dieu savait éprouver la foi de ses fidèles. C'était simple : il faisait apparaître ses lieutenant(e)s en des lieux d'accès très malcommode, où le pélerinage était méritoire. On ne faisait pas de miracles à Joinville-le-Pont ou dans la douceur angevine. On illuminait des endroits montagneux, malaisés, et de tous les côtés aux frimas exposé : Lourdes, La Salette (Huysmans et Bloy n'ont pas manqué de souligner cette sainte épreuve). Moyen élémentaire de sélection, de distinction : le lieu était par lui-même hautement sélectif (peu d'élus). Puis, le vent de l'hisroire tournant, le tourisme se fit plus profane, mais toujours difficultueux et, au fond, toujours sur des principes élitistes (en changeant d’élite, cela va sans dire). Les stations de ski en sont le plus bel exemple : tout y est malcommode, problématique, et surtout très cher. Se loger, se nourrir, se déplacer, se chauffer, litanie de dificultés et de dangers. On a transposé Lourdes à Gstaad. De même, le Cap-Ferret doit certes une part de sa gloire à son climat et à sa beauté, mais aussi à sa géographie qui, par essence, le réserve à une toute petite élite accédant à ce territoire minuscule par une unique petite route – équivalent terrestre de l'étroite porte qui mène au Ciel – où l'on peu tout juste se croiser. Le prix du terrain devient céleste.  Les lieux faciles sont laissés aux campings bas de gamme, aux fourmilières de béton. Quantité va avec facilité. Elite va avec exiguïté : ce qui est rare est cher. 


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Olivier Spilmont (musicien spécialiste de Bach) : "Bach est profondément inspiré par la contrainte". Cet apparent oxymore est très profond.  D'ailleurs, O.S. a une voix posée (c'est rare), réfléchie ; il s'exprime bien, se corrige quand ça dérape un peu ; dit des choses intéressantes, pas les niaiseries et banalités habituelles. Ce qu'il dit a une direction, une orentation d'ensemble, comme un pôle d'attraction qui suscite les mots et les formulations de façon cohérente et naturelle. En somme, il ne parle pas pour ne rien dire. Ce qu'il dit est toujours pertinent. Il ne parsème pas son propos de "j'ai presque envie de dire ... voilà... "


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Keats, sonnet sur sa découverte de l’Homère de  Chapman. Je l’avais naguère traduit ainsi 

https://lecalmeblog.blogspot.com/2020/06/keats-sur-lhomere-de-chapman-traduction.html

Pour l'astronome, le ciel est complet, suffisant. Et voici du nouveau ! Pas une passagère comète qui ne trouble pas l'ordonnancement cosmique, mais une étoile stable, qui change tous les équilibres célestes. Le ciel est complet comme un jeu d'échecs, auquel viendrait s'ajouter une pièce autre... Toute l'économie du jeu en serait bouleversée. Ce ne serait pas un supplément, mais un renversement de fond en comble. Comme l'expérience de l'amour : tout le système en est changé, enrichi. L'amour ou la grande œuvre reconfigurent tout par le plus, alors que le deuil mutile tout par le moins : il y a tout à coup une présence merveilleuse, un surcroît inopiné, inanticipable. On croyait vivre et on ne vivait pas. On se croyait complet et suffisant.


Rafale n° 6


Un exemple de phrase qui structure tout un espace de réflexion, une étincelle qui, en un instant, fait sentir des perspectives – ici, les rapports XVIII°-XIX° siècles : quelqu’un (Furet ? Gauchet ? Manent ?) a dit, en substance : ”Les Lumières se sont consacrées au Droit, et elles ont débouché sur l’Histoire”. L’Histoire, c’est-à-dire le Fait… Est-ce ”vrai”, je ne sais pas ; mais, assurément, c’est une boussole qui pemet de se repérer, de se situer ; un facteur d’intelligiblité ; un champ magnétique interprétatif. 


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"Spahi" et "cipaye" : leurs sens ayant bien des choses en commun, on songe à une étymologie commune ; certains sites web le nient ; il semble pourtant (Wikipedia § "Cipaye") qu'il y ait une lointaine racine persane commune. 


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Kathleen Raine, Le royaume inconnu : ”Nous sommes chacun notre propre angle mort. Nous ne pouvons, étant ce que nous sommes, voir ce qui saute aux yeux d’autrui. Lorsque nous essayons de nous juger nous-mêmes, nous sommes en même temps ce qui jauge et ce qui est jaugé."


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Il y a quelques années, quand j'ai rebaptisé mon blog, le faisant passer de "Calmeblog" (car il m'avait été aimablement volé par des internautes en mal d'invention) à "La Désobligeante", j'ai cru utile de mentionner sommairement que ce mot désignait une sorte de calèche légère, si petite qu'une seule personne y pouvait loger ; on n'y prenait donc pas d'invités, et elle n'était pas vouée aux amabilités. Ce véhicule au nom très XVIII° est passé dans l'histoire littéraire via le narrateur du Voyage sentimental de Sterne, qui y rédige, seul donc, la préface de son livre (préface qui sera publiée en cours de volume, - à la Sterne). Et j'ai oublié de mentionner, peut-être parce que la chose est plus connue du public (enfin cela dépend de ce qu'on appelle le "public") que c'était aussi une allusion narquoise aux Histoires désobligeantes de ce vieux fou de Bloy, bien enfermé tout seul lui aussi, dans une religion, ou putôt dans une religiosité où il n'y avait pas place pour deux... Ou même, où il n'y avait pas place pour Dieu !


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On utilise désormais les mots "frustré", "frustration" pour désigner toute sorte de privation, d'empêchement. Or cette extension sous-tend une vision des choses qui n'est pas sans signification. En principe, selon la rigueur sémantique (notion ridicule si ce n'est fascisante)  "Frustrer qqn de qqc = Le priver d'un bien qui lui est dû ou le priver d'une satisfaction à laquelle il peut légitimement prétendre."(TLFi). Quant au mot "frustration", il fait dans ce même TLFi l'objet d'une entrée à part, presque entièrement consacrée à la signification psychanalytique, qui est sensiblement différente : "Condition du sujet qui se voit refuser ou se refuse la satisfaction d'une demande pulsionnelle". Donc on est frustré de ce à quoi on a droit ; et, en psychanalyse seulement, on est frustré de ce que l'on désire. Est-ce un hasard si l'acception psy. a pris tout l'espace ? Ce que je désire devient ainsi, subrepticement, ce à quoi j'ai droit. Le "désir de..." donne "droit à..." Donc le monde, la société, l'état m'infligent un déni de droit si je n'ai pas ce que je désire (tout négatif est la faute à quelqu'un). Le désir donne droit à tout, et si je n'ai pas les sneakers ou le smartphone dernier cri qui me font grande envie, j'ai droit à enfreindre le droit pour rétablir mon bon droit d'être désirant pour qui il n'est pas question de "céder en quoi que ce soit sur son désir", selon un jargon qui a largement percolé dans le langage du temps. On parle beaucoup d' "intolérance à la frustration", comme il y a une intolérance au gluten. Ce n'est pas étonnant si toute insatisfaction est déclarée frustration, c'est-à-dire illégitime, faisant violence à mon épanouissement personnel. Pour ma part, je me sens très frustré de n'avoir plus vingt ans... 


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Ravel, "Une Barque sur l'océan", version orchestre, dirigér par A. Altinoglu. Musicalement splendide. Orchestre plus qu'excellent (le Radio-Symphonique de Francfort). Date : 21 Juin 2025. Youtube. 7 min 21. Image très belle, définition jusqu'à 2160p50 4K ! De quoi se plaint-on ? 

Eh bien on se plaint du lieu : le grand Kloster Eberbach. Ce cadre, si magnifique soit-il, n'est pas seulement inadapté, mais meurtrier pour cette musique. Un cloître on ne peut plus austère (il y a des gradations dans le genre) pour une musique ruisselante de sensualité, voluptueuse, chatoyante. La caméra ne se contente pas de filmer l'orchestre ou le chef, ce qui serait légitime ; elle nous promène dans des allées et des ogives qui évoquent plus la macération mystique, la rigidité ascétique, le froid humide des grands bâtiments religieux, que l'été basque de Ravel ou la méditerréne scintillante de Valéry. Des images de Requïem, de Dies Irae, sur une musique qui devrait plutôt faire ressentir les vers de Valéry : "... Alors titubera sur la barque sensible / À chaque épaule d'onde un pêcheur éternel..." Pire, on nous montre longuement un porte-cierges en métal noir, hérissé de pointes comme un instrument d'inquisition, ou comme un dispositif de martyre. Et, juste avant la fin, abomination de la désolation, on cadre sur la foule, sur la banalité et la laideur quotidiennes, un amas de couleurs hasardeuses et vulgaires, un tas de Tshirts bariolés, tandis  que la musique essaie de nous faire vivre les gerbes d'écume et le bercement des flots. Comment assassiner le beau par le beau. 


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Nouveau nom des Ehpads : ”Maisons France Autonomie". On peut difficilement faire plus administratif, langue de bois. Qui aurait envie de mourir dans une "Maison France Autonomie" ? Taratata ! on ne meurt bien que chez soi !


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Munch, avec l’Orchestre de Boston en 1962, enregistre la Fantastique ; et, dans le Bal, il fait un portamento minimal (minimal ; mais on ne peut pas dire qu’il n’y est pas) ; il va presque contre l’indication explicite de Berlioz, qui ajoute une astérisque et une note explicative en bas de page. Cet homme de goût (Munch) pense comme moi ! La grâce, la sensualité, ce n’est pas le sirop. Pour moi, une Fantastique qui insiste sur ce portamento et fait dégouliner le son, se trouve de ce fait révoquée pour inélégance !  A fortiori les interprétations qui diffusent plus ou moins le portamento dans l’ensemble du Bal !


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Cioran disait que Beethoven a perverti la musique en y introduisant les sautes d’humeur. Historiquement, c’est plutôt CPE Bach. Mais les ”humeurs” de CPE sont d’ordre nerveux (lointaines héritières de des humeurs hippocratiques), légitimation des inconstances d’une conscience vagabonde. On est livré aux délieux hasards du Wandern. Celles de Beethoven sont plutôt d’ordre …”métaphysique” : légitimation de la subjectivité en même temps qu’accession à des perspectives formelles inédites. Chez CPE, elles sont un jeu ; chez Beethoven, un enjeu (esthétique, voire civilisationnel). 

Autre mise en regard : Mozart fait preuve de sensibilité, surtout au sens d'émotivité, de sensitivité. Carl-Philipp-Emanuel Bach avait déjà fait de la sensibilité une catégorie esthétique fondamentale (voisine du ”sentimental” sternien), mais au sens de brusque changement nerveux ou hormonal. Chez Mozart, un lac souterrain qui affleure. Chez CPEB, des puits artésiens, voire des geysers. CPE, Mozart, Beethoven : trois intrusions de la psychologie, mais selon trois modes très différents. 


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L’humour est fondé sur le contraste, l’inattendu ; une des formes les plus abouties de l’humour est donc la contre-vérité féroce énoncée sans sourciller. Les blagues les plus cyniques sont donc parmi les plus drôles. En outre, on sait que pour qu’une plaisanterie soit réussie, il faut un individu qui l’énonce, un qui la comprend, et un qui ne la comprend pas (là est le sel). Pour les contre-vérités assénées, on fait paraître en filigrane la silhouette du pauvre crédule couillon, parfait benêt qui se laisserait berner par ces énormités. Exemples : ”Tout vient à point pour qui sait attendre” ; ”La vertu est toujours récompensée” ; ”Heureux les pauvres !” ; "Demandez et il vous sera donné" ; "Ne jugez pas et vous en serez pas jugés". 


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J’ai lu ça dans un site web sur l’informatique : 

Hugging Face s'est fait pirater via un dataset piégé exploitant des vulnérabilités dans son pipeline de traitement, permettant à des agents IA autonomes de monter en accès node-level et de voler des credentials cloud et cluster durant un week-end.

Les modèles frontier d'OpenAI et Anthropic ont refusé d'analyser les logs d'attaque en déclenchant leurs garde-fous sur les vrais payloads d'exploit, forçant Hugging Face à utiliser GLM 5.2 (open-weight de Z.ai) sans restrictions pour leur forensique.”


Mais j’ai lu ça, aussi, plus accessible, et d’un ésotérisme fascinant : 

Le fromage Appenzeller prend son goût à la suite de nombreux brossages, de deux à trois fois par semaine, avec une saumure à base de plantes, appelée sulz, et dont la recette est gardée secrète (sel, levure, vin blanc, poivre et un mélange d'une vingtaine à une quarantaine de plantes). Seules deux personnes par génération connaissent la recette et peuvent accéder au coffre de banque où elle est gardée.” De quoi faire un ”Appenzeller Code” !


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Littérature et petites annonces : soyez bref ! words are money ! : 

On sait que Hemingway prisait fort la brièveté évocatoire du non-dit (théorie de l'iceberg). L'exemple fameux en est son pari de faire une "very short short story", en 6 mots. Il propose : "For sale. Baby clothes. Never worn" (À vendre. Habits d'enfants. Jamais portés). Cela, aurait dit Baudelaire, invite à la conjecture... L'œuvre se réduit à une petite annonce. Or Huysmans avait déjà repéré la faculté de rêverie (morose) de cette compendiosité due au coût de chaque mot. La lésine comme facteur d'économie verbale, et donc comme facteur d'amplification imaginaire... 

Huysmans, En Ménage, chap 1 : "Il se força à lire trois pages de cette feuille, s’arrêta devant une annonce qui offrait comme une occasion superbe, par suite d’une liquidation de famille, une dot de dix-huit mille francs et une orpheline ; il resta pensif. Le mot pressé qui figurait entre parenthèses, au bas de cette réclame, déroula devant lui des perspectives infinies d’ordures. Il y vit de courtes échéances d’accouchements, des ventres grossis après un mois de mariage. Il songea aux déboires qu’éprouverait avec cette orpheline l’honnête benêt qui se laisserait happer. Celui-là avait des chances d’épouser une vierge qui aurait longuement turpidé dès son bas âge !

Note : Marcel Aymé finit ainsi le chap. XX de son Bœuf clandestin : "il passa le reste de l’après-midi à rédiger l’annonce suivante : « J. fille 20 a. jol. inst. music, exc. fam. dot 300 mille et espér. mais ay. commis imprud. désire conn. vue mar. j. hom. 25 a. env. prof. lib. préfér. méd. Ecr. av. référ.  »"



Rafale n° 5


Mendelssohn a composé 2 quatuors en mineur : 

- le 2° et le 6°

- La mineur et Fa mineur

- gris et noir

- à l'occasion de la mort du maître (Beethoven) ; à l'occasion de la mort de l’alter ego (Fanny)

- deuil et mélancolie

- plainte et cri

- tristesse et détresse

- mise au tombeau de la musique et mise au tombeau du moi (M. est mort peu après Fanny)


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Perros, Papiers collés (la langue russe) : ”le roulis de ce langage qui brasse des jouets d’enfant, des violons mal accordés et des hoquets d’ogre."


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Je lis délibérément un peu trop vite ; le logiciel de reconnaissance vocale du Mac peine à suivre, et produit un texte qu'on pourrait croire oulipien...  : 

"Et toi tranquille au marché des colombes entre les Pins palpite entre les tombes midi le juste il compose de feu, la mère, la mère toujours recommencer ou récompense après une pensée comme l'on regarde sur le calme des dieu. Quelle peur, travail de phase, éclair consume, main, diamant de imperceptible cumin, et qu'elle paye, semble ce qu'on se voir quand sur l'habillement soleil se repose ouvrage pure d'une éternelle cause. Le sentant scintille est le son. Je vais savoir."


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Dissuasion nucléaire. Ne pas définir les intérêts vitaux ; maintenir, comme on dit aujourd'hui "l'ambiguïté stratégique" ; certes, il est évident que cela fournirait à l'ennemi la carte de ce à quoi on ne répliquera pas, tout en lui ôtant le handicap de l'incertitude. Mais il y a aussi une autre raison : définir à l'avance les intérêts vitaux serait imprudent car les situations changent, les politiques, etc. La modification des frontières vaut aussi dans les menaces et les dangers.


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L'âge, la fatigue montrent ce qu'il y a d'activité dans l'écoute musicale, et donc ce que cela demande d'énergie, de présence d'esprit. On ne s'en apercevait pas dans la jeunesse et dans sa perpétuelle santé. On le découvre quand, de plus en plus souvent, on se sent indigne de ce qu'on écoute. Non pas moralement, mais énergétiquement : on ne peut plus payer son écot, faire sa part, jouer sa partie, non écrite, mais exigible et exigeante. Le jeune a toujours des réserves énergétiques et psychiques ; il est donc toujours partant (pour la musique comme pour d'autres choses). Sans l'énergie de l'attention, de la concentration, il n'y a pas de participation, pas d'identification. Il faut marcher avec, courir avec, et non regarder ou entendre ceux qui marchent ou courent. Laisser la musique se dérouler, être pur spectateur, assis, c'est être frustré de la dimension essentielle d'une beauté que l'on voit sans la prendre. Ecouter sans participer, c’est comme ”faire cours” en lisant un texte entièrement rédigé ; tout engagement est saigné à blanc par avance. Pour l’auditeur de musique passif comme pour le prof lecteur, c’est ”faire du vélo” en marchant à côté de l’engin, le tenant par le guidon… voire étant tenu par lui. 


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Rousseau est passionné d'unité, donc, inévitablement, de solitude. Cela se voit dons tous les domaines (on pourrait les répertorier). En musique aussi. Pas tellement dans son Devin du village, mais surtout dans ses théories musicales. La musique étant l'expression de la sensibilité d'un individu à un instant (le pâtre adossé à un arbre), la première musique est la mélodie, et non pas l'harmonie, qui suppose goupe et multiplicité, contrat et préméditation. Si l'on chante à plusieurs, le seul vrai "accord", véritablement consonant selon Rousseau, c'est l'unisson, c'est-à-dire le même avec le même. L'octave est déjà suspecte. Aussi, quand Rousseau (on le sait peu) transcrit Le Printemps de Vivaldi (il appréciait fort le musique italienne – et Les Quatre Saisons ont été très connues au XVIII° siècle, même si elles ont pâli, puis sont redevenues un must), il procède de manière à ce qu'il puisse l'exécuter seul. Comme il était flûtiste (je ne sais pas à quel niveau), il les récrit pour flûte seule. D'où un curieux objet musical, pas déplaisant du tout (la transcription est bonne), pas trop problématique à composer (c'est déjà fait par Vivaldi), ni à harmoniser puisqu'il n'y a qu'une voix (Rousseau n'était pas un pro de la composition. Écoutons, sur un beau traverso, seul sur fond noir, très adapté (nous seuls, auditeurs, sommes de trop) : 

https://www.youtube.com/watch?v=cG3vBkFM5Wc


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Debussy, Clair de lune, orchestré :

https://www.youtube.com/watch?v=EPPDdLWLV1Q  

c’est fort beau, très bien fait, et totalement hors-sujet (fait par le violoniste et pur le violoniste)

https://www.youtube.com/watch?v=d-JqqnkvR_I  

ce serait bien, sans le décor kitsch et redondant ; je pense à la formule de Lorca : si on a un madrigal et une rose, soit le madrigal est de trop, soit la rose… 

https://www.youtube.com/watch?v=BubaEmJg4so 

orchestré par Caplet, c’est presque mieux que Debussy lui-même… et quand c’est joué par un excellent orchestre…


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Quand on demande à une IA de faire une image, cette dernière n’est pas faite par une main humaine : elle est ”acheiropoïète” comme la Sainte Face !!


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Bach, la ”grande chaconne” à la mandoline. C’est très bien. Bach se transcrit admirablement en toutes sortes d’instruments. C’est très bien musicalement : on a les harmonies, la progression, tout le schéma proprement musical. Quant au timbre, si on change de matière, il est normal quue le timbre change aussi. Sur le principe, rien à dire. Mais il y a quelque chose qui, selon moi, manque (en tout cas est soustrait) : c’est la durée de la note, sa prolongation, sa prorogation – ce qui se sent singulièrement à la mandoline. Or (on sort peut-être ici du purement musical) la version originale pour violon comporte une dimension irremplaçable (je ne dis pas ”essentielle), de tension, d’effort ; ça tire sur l’archet, mais aussi sur l’âme ; il faut au musicien et à l’auditeur une recréation continuée dont la pénibilité même est une dimension importante, psychologiquement essentielle. Ça arrache les tripes... Il faut ”tenir” la note et non la poser. ”Rien n’advient en littérature sans un effort de notre cœur” (Marcel) ; et, ici, selon moi, ça advient bien moins sans un effort de notre oreille et sans une sympathie avec l’archet. Sans compter les doubles cordes, double effort. 


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Puissance de l’attente. Tartuffe apparaît au III° acte. Mais on parle de lui, il est omniprésent, donc menaçant, diffus, indécis. Puis il apparaît, s’incarne, agit ouvertement ; mais il a déjà beaucoup agi sur les imaginations. L’imagination, dit Alain, est un bourreau chinois : elle fait que la victime se torture elle-même, par sa propre et inévitable pesanteur. L’apparition tardive met en vedette, comme la rose de Ronsard (”Comme on voit … sur la branche… au mois de mai… la rose ”. Entretenir le questionnement, le mystère. Cette admirable gestion du temps tartuffien se retrouve dans l’interrogation prolongée qui caractérise le temps ”Kurtzien”


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Proust. Odette de Crécy. Le nom sonne bien, très demi-mondaine. On apprendra tardivement qu’elle est l’épouse d’un Monsieur de Crécy et que c’est donc là contre toute probablité, son vrai nom ! Mais nul n’ignore que c’est avant tout le nom d’une bataille qui a été calamiteuse pour la France. Swan, amoureux de la défaite au point de l’épouser !


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Il faut se méfier des idées séduisantes, des idées intelligentes. Leur habileté (réelle) peut aisément devenir un critère de fiabilité, ou, du moins d’adhésion. Si j’adhère à une idée simple, cela ne me singularise ni ne me valorise. Tandis qu’une idée subtile est le fait de l’individu intelligent qui l’a émise, et aussi de la finesse de celui qui l’a comprise et admise. On se sent flatté d’avoir compris. C’est très embêtant, car il faut certes se méfier des idées simples ; mais il faut qussi se méfier des idées subtiles, habiles. Il y a dans le domaine intellectuel un prestige du billard à plusieurs bandes. Un exemple. Platon : les mauvaises actions ne doivent pas être représentées car elles peuvent déteindre sur les spectateurs ou auditeurs. C’est plutôt de bon sens : ne pas donner de mauvais exemples aux jeunes générations. Aristote : quand on représente le crime sur le théâtre, on opère chez le spectateur une purgation des tendances criminelles, et le spectacle permet d’accomplir en pensée des crimes qu’on ne commettra donc pas dans la vie. C’est très subtil, et très séduisant, car il y a une mécanique du rebond, de l’inversion qui réclame un esprit un peu alerte. Mais est-ce plus vrai ? Autre exemple : l’histoire n’est pas faite par les puissants, mais par les humbles, par le ”mauvais côté”. Parmi les plus grandes séductions, la dialectique tient une place de choix, car elle permet, elle exige même, des renversements inattendus, bien plus intéressants, spectaculaires, surprenants, sources d’incontestables bonheurs intellectuels. Dans un même mouvement, on se sent intéressé et valorisé, passionné et intelligent. Péripéties, coups de théâtre : ingrédients à utiliser avec méfiance… 



Rafale n° 7

On se dit : "je ferai ça quand j'aurai le temps...", et puis c'est le temps qui nous a. Exemple : le monumental et passion...